Physionomie d'un effondrement chinois

Tandis que j'hésitais quant au prochain sujet à aborder sur ce blog, je suis tombé sur cette information : la croissance de la Chine serait tombée sous les 2%. A supposer que l'analyse soit vraie, ce que je crois, je n'ai pas été surpris mensonge de la part d'un Etat communiste.

J'ai sans doute beau jeu de dire cela ici, mais cela fait plus de dix ans que je répète à tous ceux avec qui j'ai abordé la question que la Chine ne dépassera jamais les USA, du moins pas de leur vivant. A tout le moins puis-je prouver que je le dis depuis quatre ans.

A cette conviction il y avait d'abord une raison que je qualifierai d'historionomique : l'Amérique suivant la trajectoire romaine (voir mon livre), il est invraisemblable qu'elle soit dépassée et subjuguée par un autre pays, si importante soit sa démographie, avant d'avoir été réduite à néant par sa propre dynamique interne ; stade auquel nous ne sommes pas encore puisque, comme j'en suis convaincu depuis longtemps, les Etats-Unis ne sont pas en déclin mais en pleine ascension et nous n'allons pas, à l'échelle d'un siècle, vers un monde multipolaire mais au contraire vers un monde toujours plus unipolaire et centralisé : un Empire américain quasi-mondial.

A cette première raison "historionomique" s'ajoutaient des éléments d'information et d'analyse allant dans le même sens.

D'abord, le fait que la Chine demeure soumise à un régime communiste, par nature plus systématiquement et amplement menteur que n'importe quel autre type de régime, par conséquent les chiffres de leur économie, leur bulle immobilière et l'état de leur système bancaire laissaient bien penser que la situation n'était pas si rose qu'il paraissait.

Ensuite parce que, pour le libéral que je suis, l'idée que les apparatchiks à la tête de la Chine soient, comme je l'ai entendu répéter par des commentateurs, hypercompétents, et capables de "piloter" l'économie de treize centaines de millions d'individus de manière prodigieusement efficace, bref que la Chine soit une expérience réussie d'absolutisme technocratique, qui aurait appris et évité de reproduire les erreurs du collectivisme total  de l'URSS et serait le modèle qui, lui, dépasserait et mettrait à genoux le capitalisme libéral représenté par l'Amérique.

Ainsi donc, l'idée d'un prochain, et probablement déjà en cours, décrochage de la Chine ne me paraît nullement improbable, et il paraît évident qu'un tel décrochage ne sera pas sans conséquences pour un pays dont le régime politique appuie sa légitimité actuelle sur sa capacité à enrichir régulièrement sa population.

Je vois deux scénario d'effondrement possibles :

- Le scénario de la conflagration asiatique

Face à une population agitée en raison des difficultés économiques, le gouvernement chinois pourrait tenter de distraire le peuple en excitant les pulsions nationalistes, comme il l'a déjà fait autour des îles Senkaku. Les dirigeants chinois ne seront peut-être pas assez fou pour se lancer de manière réfléchie dans une aventure militaire, mais l'excitation nationaliste provoquée pourrait bien, vu les circonstances, échapper à leur contrôle et déboucher, avec ou sans leur consentement initial, sur une guerre. Il est peu probable que la guerre ne concernerait que le Japon. Les Etats-Unis se sont récemment rapprochés des voisins de la Chine, y compris le Vietnâm, qui craignent l'impérialisme de la Chine renaissante. Ce conflit, la Chine ne pourra pas le gagner : elle aura contre elle les Etats-Unis, au niveau desquels elle n'est certainement pas, et une coalition rassemblant la Corée du Sud, le Japon, les Philippines, le Vietnâm et vraisemblablement Taïwan, à laquelle sera promis la revanche après plus d'un demi-siècle. 


Mais qu'elle ne puisse gagner ne signifie certainement pas que le conflit sera bref. Ce pourrait bien être, pour l'Asie, un conflit aussi sanglant que la Grande guerre pour l'Europe... dont le grand gagnant sera l'Amérique, naturellement.

- Le scénario purement interne

Dans ce scénario, les tensions sociales finiront par rompre l’équilibre et ce pays basculera dans la guerre civile. Et cette fois ce ne sera pas un mouvement réprimable, comme en 1989, mais un mouvement de fond de la population chinoise, le mouvement d’un milliard d’âmes impossible à maîtriser.

Les Etats-Unis auront une occasion idéale, par une action de restauration de l'ordre, triplement justifiée par la protection de l'équilibre économique mondial, le poids de la Chine rendant une telle crise de régime très dangereuse, d’autant qu’elle est une puissance nucléaire, le voisinage des alliés inquiets Sud-coréen et Japonais et la candidature de Taïwan à la souveraineté chinoise, qui ferait un régime complaisant envers les USA, tout spécialement si l'Amérique faisait de la République de Chine le gouvernement légitime chinois à la force du poignet, en profitant du désordre. Les troubles empêcheraient toute riposte organisée de la Chine, et peut-être aussi l'emploi de l'arme nucléaire, et le conflit serait par conséquent bien plus aisé à conduire et à remporter pour l'Amérique. Il serait aussi moins meurtrier.

Dans l'un et l'autre scénario, pour affermir leur emprise et prévenir un réveil ultérieur, les USA diviseront probablement la Chine en plusieurs entités politiques avec plusieurs capitales : Pékin, Shangaï, Hong Kong... Modifications administratives et politiques qui seront facilitées par la période de troubles et de guerre civile. Le Tibet y gagnera son indépendance.

La grande question est : quelles seront les conséquences immédiates de cette guerre asiatique sur le reste du monde, et spécialement l'Europe ? Ces événements seront-ils concomittants d'un conflit qui menace, et que j'ai déjà évoqué, autour de la Russie, en Europe ? Nous assiterions alors à un conflit de la même ampleur que la Seconde guerre mondiale, avec un bouleversement final aussi important sur l'ordre global.

© 2019 – Philippe Fabry

  • Facebook - White Circle
  • Twitter Clean