• Philippe Fabry

La chute de la Ve République : forme & conséquences

J'ai consacré il y a deux semaines un article à expliquer pourquoi, d'après mon analyse, la monarchie républicaine en place depuis 1958, ce régime non-démocratique, va vraisemblablement s'effondrer à la suite de la crise sanitaire actuelle et de l'épreuve économique qui suivra. Je concluais sur mon incapacité à décrire la forme que prendra cet effondrement de régime.


Insatisfait par cette conclusion, j'ai retravaillé la question sur la base des éléments déjà abordés pour essayer d'en tirer le maximum d'informations pertinentes et parvenir à établir un modèle.

Voici comment j'ai procédé : j'ai repris tous les cas français de révolutions-impérialistes revanchards identifiés, à savoir la Révolution et l'Empire napoléonien ; la fin du Second Empire, la Commune, l'émergence de la IIIe et la crise boulangiste ; l'effondrement de 1940, Vichy, la IVe, Charles de Gaulle, en essayant d'identifier les grandes étapes communes et d'isoler la variable ayant provoqué des divergences entre les différents cas (l'avortement du boulangisme par opposition à la prise de pouvoir effective de Napoléon et de Charles de Gaulle, la chute de l'Empire par opposition à la survivance de la Ve République à son fondateur).

J'ai ensuite confronté ce modèle aux autres cas évoqués dans mon précédent billet : 1918, la République de Weimar et l'ascension d'Hitler ; et surtout le double cas russe, seul cas identifié où les deux occurrence ont eu lieu d'affilée : 1917, la révolution communiste et le règne de Staline ; 1989, la perestroïka, l'effondrement des années 1990 et l'émergence de Vladimir Poutine.


Le modèle obtenu à la suite de ces exercices doit nous permettre de proposer une projection de ce qui pourrait arriver, la différence de brutalité entre les cas étudiés permettant d'établir une fourchette des possibles entre un scénario "dur" et un scénario "doux".


Voici le tableau reprenant les cas français :


Note 1 : La banqueroute de 1788 est la crise de la caisse d'escompte

Note 2 : dans son histoire, le PCF n’est arrivé en tête d’un scrutin que deux fois : en octobre 1945 et en novembre 1946.


L'on notera également :

Durée cycle Révolution-Empire 1788-1815 : 26 ans

Durée cycle (avorté) Commune-Boulanger : 19 ans.

Durée cycle Défaite-De Gaulle 1940-1969 : 29 ans


Le tableau présentant les cas russes :



Enfin le cas allemand :



Sur ce, quelques remarques.


Il faut d'abord rappeler que les cas Révolution française-Premier Empire, Révolution russe-Empire soviétique, Révolution allemande-Troisième Reich sont des cas de révolution initiale, la première intervenue respectivement en France, Russie et Allemagne. Ils apparaissent donc d'un autre ordre pour ce qui est de la fièvre révolutionnaire, de la brutalité des conséquences humaines et du débordement hors des frontières.

Les réitérations, en France comme en Russie, en dépit d'un schéma similaire, donnent à voir un bilan humain bien moins tragique, sans doute lié à une importance bien moindre de l'idéologie : là où le jacobinisme, le communisme ou le nazisme poussaient à l'extrême la vigueur révolutionnaire et le messianisme nationaliste, les répliques française ou russe, sans ce carburant du fanatisme, n'ont à aucun moment sombré dans la terreur totalitaire. Sans doute cette aptitude à la ferveur idéologique correspond-t-elle à un certain stade de développement social et politique du pays, et est impossible à reproduire dans des sociétés à la maturité plus avancée. Pour les nations comme pour les hommes, l'âge importe.


Autre élément à prendre en compte : l'occurrence communarde et boulangiste, on le voit, a paradoxalement été moins loin dans sa réalisation que celle suivant la défaite de 1940, jusqu'à la France gaullienne.

Il ne semble donc pas que cette tendance à l'apaisement soit constante et continue d'occurrence en occurrence, et rien n'impose donc d'envisager la prochaine comme plus calme encore que la précédente.


Soulignons également quelques éléments contextuels permettant d'orienter la projection :

- il y a un an, le régime a déjà vacillé au plus fort de la crise des Gilets Jaunes, où l'on a pu sentir, en décembre, un moment de flottement inquiétant. Dans ce contexte, qui était alors incommensurablement moins grave, socialement et économiquement, qu'elle ne le sera dans quelques semaines ou mois, on avait vu la porte d'un ministère défoncée par un Fenwick.

- aujourd'hui, ceux grâce auxquels le pays peut continuer de fonctionner en dépit du confinement, lutter contre la pandémie et approvisionner la population, sont en grande partie les mêmes que les manifestants de l'an passé.

- inversement, le caractère de bullshit jobs de l'activité professionnelle d'une grande partie de la population urbaine, parisienne spécialement, peut sembler apparaître crûment alors que la société est en état de siège. Une telle démonstration - ou apparence de démonstration, c'est un débat légitime -  d'utilité/inutilité sociale et économique de deux populations qui se sont tellement affrontées politiquement durant les mois précédents ne peut pas ne pas avoir de conséquences politiques.



5 janvier 2019, les Gilets Jaunes au volant d'un Fenwick défoncent la porte de l'Hôtel de Rothelin-Charolais, résidence officielle du Porte-parole du Gouvernement, Benjamin Griveaux


Ayant ceci à l'esprit, voici les deux scénarios, doux et dur, quelque part entre lesquels devrait se trouver l'avenir institutionnel et politique de notre pays pour les vingt-cinq (moyenne des trois cas français) prochaines années.




Je laisse mes aimables lecteurs méditer sur cela, avec cette chanson de Tri Yann, sur la débâcle de la guerre de 1870, qui illustre pafaitement l'exaspération populaire contre l'impéritie des dirigeants ayant conduit le pays à la ruine, avec un texte qui résonne étrangement à nos oreilles pleines d'informations sur les manques de masques et de tests, l'envoi des policiers en tournées de contrôles sans aucune protection sanitaire, et le mépris de la communication gouvernementale...



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© 2019 – Philippe Fabry

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